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	<title>Tisseurs de mots</title>
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	<description>L'association Tisseurs de Mots anime des ateliers d'&#233;criture en Auvergne - Haute Loire, Cantal et Puy de D&#244;me. Cheminer dans l'&#233;criture avec les ateliers d'&#233;criture anim&#233;s par nos intervenants : Igor Chirat, V&#233;ronique Le Milan, Fran&#231;oise Roure, Isabelle Jannot, C&#233;cile Luquet&#8230;</description>
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		<title>Tisseurs de mots</title>
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		<title>Kae Tempest : Connexion</title>
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		<description>
&lt;p&gt;(&#8230;) D'abord en prenant conscience que rien ne nous oblige &#224; nous mettre la pression en nous fiant &#224; l'opinion des autres sur ce qu'on produit. Et, plus important encore, rien ne nous oblige &#224; nous mettre la pression en comparant nos succ&#232;s avec ceux des autres. La po&#233;sie est un milieu qui grouille de snobs. En m&#234;me temps il est relativement ouvert et en constante mutation. On s'imagine souvent - &#224; tort - que la caste &#171; de l'&#233;crit &#187; est ultra-s&#233;lect et que celle &#171; de la sc&#232;ne &#187; est plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH101/kae-tempest_photo_by_jim_dyson_getty_images-2-9ca34.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord en prenant conscience que rien ne nous oblige &#224; nous mettre la pression en nous fiant &#224; l'opinion des autres sur ce qu'on produit. Et, plus important encore, rien ne nous oblige &#224; nous mettre la pression en comparant nos succ&#232;s avec ceux des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie est un milieu qui grouille de snobs. En m&#234;me temps il est relativement ouvert et en constante mutation. On s'imagine souvent - &#224; tort - que la caste &#171; de l'&#233;crit &#187; est ultra-s&#233;lect et que celle &#171; de la sc&#232;ne &#187; est plus ouvert ; d'apr&#232;s mon exp&#233;rience, les grands po&#232;tes, quel que soit leur mode d'expression, sont en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale des esprits g&#233;n&#233;reux et tourn&#233;s vers leurs semblables tandis que les m&#233;diocres ont tendance &#224; se donner des airs, &#224; prendre les autres de haut - et ils font une fixette sur les d&#233;fauts de ce que produisent les autres. Un po&#232;te m&#233;diocre n'a aucun scrupule &#224; se forger un style par opposition &#224; l'absence de plume ou de talent d'un pair, sans se rendre compte que chez lui aussi, niveau plume et talent, c'est le d&#233;sert. Savoir se remettre en question, c'est la marque d'un auteur qui est un cran au-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tentant de d&#233;finir son talent par rapport &#224; celui d'un autre, mais tu n'es en concurrence qu'avec toi-m&#234;me. Il s'agit d'essayer de s'am&#233;liorer chaque jour un peu plus en &#233;criture (ou en amour, en amiti&#233;, dans la vie en g&#233;n&#233;ral). Am&#233;liorer quelqu'un d'autre, &#231;a n'a aucun int&#233;r&#234;t. Mais comment &#234;tre s&#251;r d'avoir progress&#233; ? Comment savoir si tu es devenu meilleur dans ta partie, si tu &#171; vaux quelque chose &#187;, quand tu te passes du barom&#232;tre de l'adh&#233;sion, de la validation ou de la reconnaissance sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boussole cr&#233;ative correspond &#224; l'instinct qui t'a attir&#233; dans ta discipline de pr&#233;dilection ; quand tu es en phase avec elle, elle te dit tout ce que tu as besoin de savoir sur tes progr&#232;s, sur ton &#233;volution. Elle te sert de gouvernail quand il faut prendre des d&#233;cisions difficiles et t'aide &#224; distinguer une authentique pulsion cr&#233;atrice d'une envie motiv&#233;e par le besoin d'&#234;tre applaudi. Il arrive que cette boussole, un amour-propre bless&#233; ou un ego fragilis&#233; d&#233;clenchent la m&#234;me sensation. Ces trois-l&#224; exigent que tu montres de quoi tu es capable. Comment savoir, sur le moment, lequel te pique avec son aiguillon ? Comment &#171; retrouver son &#226;me &#187; ? L'erreur est une forme d'apprentissage. Apr&#232;s avoir parcouru des kilom&#232;tres sur la mauvaise route et d&#233;bouch&#233; dans une impasse cr&#233;ative, tu d&#233;couvres ce qu'on ressent quand on agit sans r&#233;fl&#233;chir ; &#231;a te servira de le&#231;on. Cette m&#233;thode d'apprentissage est capitale. Il y aura des ratages, forc&#233;ment. Tu vas te planter. Tu vas t'apercevoir que ce que tu fais est inabouti. C'est comme &#231;a qu'on apprend &#224; explorer ses pulsions, &#224; creuser jusqu'aux racines. Par un processus de r&#233;animation sensorielle. La mise en place d'une nouvelle palette &#233;motionnelle. Ou la r&#233;actualisation d'une ancienne tomb&#233;e dans l'oubli. Il n'y a rien de honteux &#224; &#233;crire pour obtenir la b&#233;n&#233;diction de ses pairs. Rien de honteux &#224; vouloir percer dans la chanson parce qu'on trouve que chanter, c'est cool. Ce qui pose probl&#232;me, c'est se sentir oblig&#233; de produire quelque chose alors qu'on n'a pas r&#233;ussi &#224; d&#233;terminer quoi faire de sa cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons Bukowski : &#171; Pour toi / pas pour la gloire / ni pour le bl&#233; / cent fois remets l'ouvrage sur le billot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait tort de croire que, quand on ignore tout du contexte d'une &#339;uvre qui est encens&#233;e, on en est automatiquement exclu. Qu'il s'agisse de culture populaire ou &#233;litiste. Si un rappeur que tu &#233;coutes sur YouTube t'atteint en plein c&#339;ur, tu n'as pas &#224; en rougir. Tu n'as pas &#224; t'en justifier dans les cercles litt&#233;raires. &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Idem &lt;/em&gt; si tu appr&#233;cies un po&#232;te classique. Non, pas besoin d'aborder les &#339;uvres port&#233;es aux nues avec d&#233;votion. Le gisement d'influences dans lequel tu puises ne doit pas avoir re&#231;u le blanc-seing d'une acad&#233;mie ou d'une institution, ni &#234;tre garrott&#233; par les param&#232;tres d'un genre, d'un sous-genre ou d'un &#171; mouvement &#187;. &#201;coute de tout. Lis autant que possible. Essaie de rester pleinement pr&#233;sent, pleinement impliqu&#233;, dans l'activit&#233; qui exige ton attention. M&#234;me si elle ne te passionne pas. Demande-toi pourquoi, d'ailleurs. Quels choix te posent probl&#232;me ? Qu'est-ce qui ne te pla&#238;t pas dans la fa&#231;on dont la batterie a &#233;t&#233; enregistr&#233;e ? Qu'est-ce qui ne te pla&#238;t pas dans les changements de perspective d'un chapitre &#224; l'autre ? Tu veux &#234;tre &#233;crivain, alors lis des &#233;crivains. Des contemporains, imparfaits, qui suscitent ton envie et ton d&#233;dain, pas seulement tes h&#233;ros disparus. Pareil pour la musique. Pareil pour absolument tout. Tu te demandes comment vivre, ou ne pas vivre, et tu veux des exemples ? Cherche-les. On en trouve partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture ne conna&#238;t pas le succ&#232;s. Elle ne conna&#238;t que l'&#233;chec, &#224; des degr&#233;s divers. &#201;crire, c'est &#233;chouer. Il n'y a rien &#224; retoucher dans une id&#233;e. Elle parvient &#224; l'&#233;crivain au d&#233;tour d'un r&#234;ve f&#233;brile et l'&#233;crivain la retient dans son esprit, dans son corps ; elle se nourrit de tout. L'auteur a consacr&#233; une vie enti&#232;re &#224; aff&#251;ter ses comp&#233;tences en pr&#233;vision de cet instant, pour extraire cette id&#233;e impalpable, pour qu'elle se diffuse jusqu'&#224; ses mains jadis st&#233;riles et jaillisse sur la page. Mais le r&#233;sultat ne sera jamais parfait. Lorsqu'il se collette avec une id&#233;e, l'&#233;crivain l'ab&#238;me forc&#233;ment un peu. Elle ne dure pas &#233;ternellement, et quand l'&#233;ch&#233;ance ne peut &#234;tre repouss&#233;e plus longtemps, l'&#233;crivain &#224; bout de course a appris une nouvelle le&#231;on sur ses propres limites qu'il se promet de d&#233;passer la fois d'apr&#232;s. Et lorsque la fois d'apr&#232;s arrive, il se retrouve face &#224; de nouvelles limites, de nouveaux obstacles, de nouvelles emb&#251;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mettre le point final &#187;, cela donne &#224; l'artiste l'humilit&#233; n&#233;cessaire pour repartir d'une page blanche. Des id&#233;es, beaucoup, beaucoup de gens en ont. Mais aller jusqu'au bout d'une id&#233;e, avec ce que &#231;a implique de souffrance, et se rendre compte qu'on n'est pas outill&#233; comme il faut malgr&#233; une conviction en b&#233;ton arm&#233;, une cr&#233;ativit&#233; d&#233;brid&#233;e, une technique constamment aff&#251;t&#233;e et un talent inn&#233;, c'est &#233;chouer quand m&#234;me. Tu y as mis tes tripes. C'est sorti de toi, tu as fait un pas suppl&#233;mentaire vers ta raison d'&#234;tre. La prochaine fois, peut-&#234;tre que tu te d&#233;brouilleras mieux. Ou peut-&#234;tre qu'il n'y aura pas de prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la triste r&#233;alit&#233; de la vie d'artiste, et c'est pour cela que le bon artiste a droit &#224; la d&#233;f&#233;rence et &#224; la consid&#233;ration du public. Malgr&#233; la volont&#233; qui le d&#233;vore de l'int&#233;rieur, la conviction d'avoir quelque chose d'essentiel &#224; dire, malgr&#233; cela, malgr&#233; la noble flamme de la cr&#233;ation qui se consume en lui, il est condamn&#233; &#224; l'&#233;chec. Il pers&#233;v&#232;re en d&#233;pit des rat&#233;s et puise une fiert&#233; muette dans le fait qu'il s'acharne &#224; &#233;chouer et que, avec un peu de chance, pour reprendre la formule de Samuel Beckett, il &#233;choue mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue un artiste de celui qui r&#234;ve d'en &#234;tre un, c'est l'&#339;uvre achev&#233;e. La personne qui d&#233;borde d'id&#233;es g&#233;niales et qui juge ce que les autres produisent &#224; l'aune de ce qu'elle-m&#234;me se croit capable de produire, alors qu'elle n'a jamais men&#233; un projet de A &#224; Z : voil&#224; le leurre du travail artistique. Tout le monde est certain que c'est &#224; sa port&#233;e, tout le monde sauf ceux qui mettent les mains dans le cambouis, qui savent que c'est pour eux une n&#233;cessit&#233; absolue et qui, pourtant, ressortent &#224; chaque fois plus convaincus de leur impuissance. Ici prennent tout leur sens les vers brillantissimes de Czes&#322;aw Mi&#322;osz : &#171; J'ai tu ce que j'aurais d&#251; dire. / J'ai distill&#233; brume et chaos. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kae Tempest : Connexion, Points 2022, pages 85-89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouvez d'autres extraits de Kae Tempest sur le site des Tisseurs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://tisseursdemots.org/Kae-Tempest-Qu-on-leur-donne-le-chaos.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Kae Tempest : Qu'on leur donne le chaos&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eduardo Berti : Mauvaises m&#233;thodes pour bonnes lectures</title>
		<link>https://tisseursdemots.org/Eduardo-Berti-Mauvaises-methodes-pour-bonnes-lectures.html</link>
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		<description>
&lt;p&gt;Comment devenir un-e bon-ne lecteur-ice ? Dans cette m&#233;thode de lecture insolite et d&#233;cal&#233;e, petit Ouvroir de Lectures Potentielles, Eduardo Berti propose 135 exercices pour lire d'une nouvelle fa&#231;on. Avec des instructions tour &#224; tour dr&#244;les, &#233;mouvantes, r&#233;confortantes, s&#233;rieuses, voire des plus hasardeuses, vous &#234;tes invit&#233;-es &#224; une grande le&#231;on de d&#233;sapprentissage litt&#233;raire au cours de laquelle vous serez amen&#233;-es &#224; lire dans le mauvais ordre, &#224; m&#233;langer les histoires, &#224; bousculer les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH91/eduardo_berti_c_dr-f243d.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment devenir un-e bon-ne lecteur-ice ? Dans cette m&#233;thode de lecture insolite et d&#233;cal&#233;e, petit Ouvroir de Lectures Potentielles, Eduardo Berti propose 135 exercices pour lire d'une nouvelle fa&#231;on. Avec des instructions tour &#224; tour dr&#244;les, &#233;mouvantes, r&#233;confortantes, s&#233;rieuses, voire des plus hasardeuses, vous &#234;tes invit&#233;-es &#224; une grande le&#231;on de d&#233;sapprentissage litt&#233;raire au cours de laquelle vous serez amen&#233;-es &#224; lire dans le mauvais ordre, &#224; m&#233;langer les histoires, &#224; bousculer les classiques, ou encore &#224; inventer des auteur-ices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de l'&#233;diteur&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;7. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez sur une feuille six ou sept d&#233;buts de phrases. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;J'ai peur de&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; J'ai toujours voulu&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; J'aime&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Je n'ai jamais &#233;t&#233; capable de supporter&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; J'ai toujours pens&#233; que&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La chose la plus importante&#8230;. &lt;/em&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ouvrez un livre au hasard et cherchez des images ou des id&#233;es qui pourraient compl&#233;ter ces d&#233;buts. Faites-le, si possible, en lisant sans sauter une seule ligne &#224; partir de la page ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;15.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prenez un texte en prose avec peu de contenu po&#233;tique. Il peut s'agir d'un passage narratif ou encore de l'extrait d'un essai ou d'un article journalistique. Un texte, en tout cas, pas tr&#232;s long : entre 60 et 100 mots, plus ou moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnez le m&#234;me texte &#224; cinq ou six personnes diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque personne rendra le texte sur une page, comme s'il s'agissait d'un po&#232;me en vers libres, sans rimes et de m&#232;tre irr&#233;gulier. La seule intervention possible consiste &#224; modifier ou &#224; supprimer des signes de ponctuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites-le vous-m&#234;me sans vous imposer un nombre minimum ou maximum de lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparez visuellement les r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;17.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Donnez un court roman &#224; un ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dites-lui de souligner six passages (ne d&#233;passant pas dix lignes) qu'il a particuli&#232;rement aim&#233;s et quatre (ne d&#233;passant pas dix lignes, non plus) qu'il n'a pas aim&#233;s ou qu'il a trouv&#233;s inf&#233;rieurs au reste du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dites-lui de souligner ces dix passages au total sans faire aucune distinction : avec la m&#234;me couleur d'encre et sans indiquer s'il s'agit d'une marque positive ou n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisez le roman et essayez de deviner les six passages qu'il a aim&#233;s et ceux qu'il n'a pas aim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;20.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Appelez un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone avec r&#233;pondeur. Lisez &#224; voix haute un extrait d'un livre, une dizaine de lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne qui entendra le message ne doit pas remarquer que vous lisez, et encore moins comprendre qu'il s'agit d'un passage d'un livre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;31.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prenez un livre. Posez-le sur une table et d&#233;crivez-le : ouvert, ferm&#233;, de face, de dos, de profil, debout ou allong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre description, vous ne pouvez pas employer, au singulier ni au pluriel, les mots &#171; livre &#187;, &#171; bouquin &#187;, &#171; ouvrage &#187;, &#171; exemplaire &#187; ou &#171; volume &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayez deux sortes de descriptions : la premi&#232;re, destin&#233;e &#224; quelqu'un qui sait ce qu'est un livre, mais qui ignore les caract&#233;ristiques particuli&#232;res de celui-ci ; la seconde, destin&#233;e &#224; un extraterrestre qui n'a jamais vu de livre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;50.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prenez deux po&#232;mes : l'un court (vraiment court, par exemple un ha&#239;ku) et l'autre nettement plus long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites une premi&#232;re lecture des deux po&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites une deuxi&#232;me lecture en enlevant un mot du long po&#232;me et en essayant de glisser ce mot pr&#233;lev&#233; dans le po&#232;me court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#231;a marche, &#233;liminez ce mot du long po&#232;me et int&#233;grez-le dans le court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites une troisi&#232;me lecture en enlevant encore un mot du long po&#232;me et en le glissant dans le court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuez ainsi, mot par mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez vous arr&#234;ter au moment o&#249; le long po&#232;me comporte le nombre exact de mots que comportait le court au d&#233;but de cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Eduardo Berti : Mauvaises m&#233;thodes pour bonnes lectures, (&#233;ditions) la Contre All&#233;e, 2023, non pagin&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Roland Barthes : le bruissement de la langue</title>
		<link>https://tisseursdemots.org/Roland-Barthes-le-bruissement-de-la-langue.html</link>
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		<description>
&lt;p&gt;Nous savons maintenant qu'un texte n'est pas fait d'une ligne de mots, d&#233;gageant un sens unique, en quelque sorte th&#233;ologique (qui serait le &#171; message &#187; de l'Auteur-Dieu), mais un espace &#224; dimensions multiples, o&#249; se marient et se contestent des &#233;critures vari&#233;es, dont aucune n'est originelle : le texte est un tissu de citations, issues des mille foyers de la culture. Pareil &#224; Bouvard et P&#233;cuchet, ces &#233;ternels copistes, &#224; la fois sublimes et comiques, et dont le profond ridicule d&#233;signe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH118/roland_barthes-2-5d59c.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Nous savons maintenant qu'un texte n'est pas fait d'une ligne de mots, d&#233;gageant un sens unique, en quelque sorte th&#233;ologique (qui serait le &#171; message &#187; de l'Auteur-Dieu), mais un espace &#224; dimensions multiples, o&#249; se marient et se contestent des &#233;critures vari&#233;es, dont aucune n'est originelle : le texte est un tissu de citations, issues des mille foyers de la culture. Pareil &#224; Bouvard et P&#233;cuchet, ces &#233;ternels copistes, &#224; la fois sublimes et comiques, et dont le profond ridicule d&#233;signe &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;pr&#233;cis&#233;ment &lt;/em&gt; la v&#233;rit&#233; de l'&#233;criture, l'&#233;crivain ne peut qu'imiter un geste toujours ant&#233;rieur, jamais originel ; son seul pouvoir est de m&#234;ler les &#233;critures, de les contrarier les unes par les autres, de fa&#231;on &#224; ne jamais prendre appui sur l'une d'elles ; voudrait-il &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;s'exprimer&lt;/em&gt;, du moins devrait-il savoir que la &#171; chose &#187; int&#233;rieure qu'il a la pr&#233;tention de &#171; traduire &#187;, n'est elle-m&#234;me qu'un dictionnaire tout compos&#233;, dont les mots ne peuvent s'expliquer qu'&#224; travers d'autres mots, et ceci ind&#233;finiment : aventure qui advint exemplairement au jeune Thomas de Quincey, si fort en grec que pour traduire dans cette langue morte des id&#233;es et des images absolument modernes, nous dit Baudelaire, &#171; il avait cr&#233;&#233; pour lui un dictionnaire toujours pr&#234;t, bien autrement complexe et &#233;tendu que celui qui r&#233;sulte de la vulgaire patience des th&#232;mes purement litt&#233;raires &#187; (&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;les Paradis artificiels&lt;/em&gt;) ; succ&#233;dant &#224; l'Auteur, le scripteur n'a plus en lui passions, humeurs, sentiments, impressions, mais cet immense dictionnaire o&#249; il puise une &#233;criture qui ne peut conna&#238;tre aucun arr&#234;t : la vie ne fait jamais qu'imiter le livre, et ce livre lui-m&#234;me n'est qu'un tissu de signes, imitation perdue, infiniment recul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; La parole est irr&#233;versible, telle est sa fatalit&#233;. Ce qui a &#233;t&#233; dit ne peut se reprendre, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;sauf &#224; s'augmenter&lt;/em&gt; : corriger, c'est, ici, bizarrement, ajouter. En parlant, je ne puis jamais gommer, effacer, annuler ; tout ce que je puis faire, c'est de dire &#171; j'annule, j'efface, je rectifie &#187;, bref de parler encore. Cette tr&#232;s singuli&#232;re annulation par ajout, je l'appellerai &#171; bredouillement &#187;. Le bredouillement est un message deux fois manqu&#233; d'une part on le comprend mal, mais d'autre part, avec effort, on le comprend tout de m&#234;me ; il n'est vraiment ni dans la langue ni hors d'elle : c'est un bruit de langage comparable &#224; la suite des coups par lesquels un moteur fait entendre qu'il est mal en point ; tel est pr&#233;cis&#233;ment le sens de la &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;rat&#233;e&lt;/em&gt;, signe sonore d'un &#233;chec qui se profile dans le fonctionnement de l'objet. Le bredouillement (du moteur ou du sujet), c'est en somme une peur : j'ai peur que la marche vienne &#224; s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;La secousse&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Tout ce que nous lisons et entendons, nous recouvre comme une nappe, nous entoure et nous enveloppe comme un milieu : c'est la logosph&#232;re. Cette logosph&#232;re nous est donn&#233;e par notre &#233;poque, notre classe, notre m&#233;tier : c'est une &#171; donn&#233;e &#187; de notre sujet. Or, d&#233;placer ce qui est donn&#233; ne peut &#234;tre que le fait d'une secousse ; il nous faut &#233;branler la masse &#233;quilibr&#233;e des paroles, d&#233;chirer la nappe, d&#233;ranger l'ordre li&#233; des phrases, briser les structures du langage (toute structure est un &#233;difice de niveaux). L'&#339;uvre de Brecht vise &#224; &#233;laborer une pratique de la secousse (non de la subversion : la secousse est beaucoup plus &#171; r&#233;aliste &#187; que la subversion) ; l'art critique est celui qui ouvre une crise : qui d&#233;chire, qui craquelle le napp&#233;, fissure la cro&#251;te des langages, d&#233;lie et dilue l'empoissement de la logosph&#232;re ; c'est un art &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#233;pique &lt;/em&gt; : qui discontinue les tissus de paroles, &#233;loigne la repr&#233;sentation sans l'annuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce donc que cet &#233;loignement, cette discontinuit&#233; qui provoque la secousse brechtienne ? C'est seulement une lecture qui d&#233;tache le signe de son effet. Savez-vous ce qu'est une &#233;pingle japonaise ? C'est une &#233;pingle de couturi&#232;re, dont la t&#234;te est garnie d'un minuscule grelot, de telle sorte qu'on ne puisse l'oublier dans le v&#234;tement termin&#233;. Brecht refait la logosph&#232;re en y laissant les &#233;pingles &#224; grelots, les signes pourvus de leur menu cliquetis : ainsi, lorsque nous entendons un langage, nous n'oublions jamais d'o&#249; il vient, comment il a &#233;t&#233; fait : la secousse est une re-production : non une imitation, mais une production d&#233;croch&#233;e, d&#233;plac&#233;e : qui fait du bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Donc, mieux qu'une s&#233;miologie, ce qu'il faudrait retenir de Brecht, c'est une sismologie. Structuralement, qu'est-ce qu'une secousse ? Un moment difficile &#224; tenir (et donc antipathique &#224; l'id&#233;e m&#234;me de &#171; structure &#187;) ; Brecht ne veut pas qu'on retombe sous la chape d'un autre napp&#233;, d'une autre &#171; nature &#187; langagi&#232;re : pas de h&#233;ros positif (le h&#233;ros positif est toujours poisseux), pas de pratique hyst&#233;rique de la secousse la secousse est nette, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;discr&#232;te &lt;/em&gt; (aux deux sens du mot), rapide, au besoin r&#233;p&#233;t&#233;e, mais jamais &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;install&#233;e &lt;/em&gt; (ce n'est pas un th&#233;&#226;tre de la subversion : pas de grande machine contestataire). Par exemple : s'il y a un champ qui soit enfoui sous le napp&#233; de la logosph&#232;re quotidienne, c'est bien celui des rapports de classes ; or, Brecht ne le subvertit pas (ce n'est pas le r&#244;le qu'il assigne &#224; sa dramaturgie : et d'ailleurs comment un &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;discours &lt;/em&gt; subvertirait-il ces rapports ?), il lui imprime une secousse, lui accroche une &#233;pingle &#224; grelot : c'est par exemple l'ivresse de Puntila, d&#233;chirure passag&#232;re et r&#233;currente, impos&#233;e au sociolecte du gros propri&#233;taire ; contrairement &#224; tant de sc&#232;nes du th&#233;&#226;tre et du cin&#233;ma bourgeois, Brecht ne traite nullement l'ivresse en soi (ennui poisseux des sc&#232;nes de pochards) : elle n'est jamais que l'agent qui modifie un rapport, et par cons&#233;quent &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;le donne &#224; lire&lt;/em&gt; (un rapport ne peut &#234;tre lu que &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;r&#233;trospectivement &lt;/em&gt; lorsque, quelque part, en un point quelconque, si &#233;loign&#233;, si t&#233;nu soit-il, ce rapport a boug&#233;). A c&#244;t&#233; d'un traitement aussi exact (parce que retenu &#224; sa stricte &#233;conomie), combien d&#233;risoires apparaissent tant de films sur la &#171; drogue &#187; ! Sous l'alibi de l'&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;under-ground&lt;/em&gt;, c'est toujours la drogue &#171; en soi &#187; qui est repr&#233;sent&#233;e, ses effets, ses m&#233;faits, ses extases, son style, bref ses &#171; attributs &#187;, non ses fonctions : permet-elle de lire d'une fa&#231;on critique quelque configuration pr&#233;tendument &#171; naturelle &#187; des rapports humains ? O&#249; est la secousse de lecture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes : Le bruissement de la langue, Points Essais, 1984, pages 67-68, 99 et 260-262.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retrouvez d'autres extraits de textes de Roland Barthes sur le site des Tisseurs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://tisseursdemots.org/Roland-Barthes-L-empire-des-signes.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Roland Barthes : L'empire des signes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Roland Barthes : L'empire des signes</title>
		<link>https://tisseursdemots.org/Roland-Barthes-L-empire-des-signes.html</link>
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		<description>&lt;p&gt;Le signe japonais est fort : admirablement r&#233;gl&#233;, agenc&#233;, affich&#233;, jamais naturalis&#233; ou rationalis&#233;. Le signe japonais est vide : son signifi&#233; fuit, point de dieu, de v&#233;rit&#233;, de morale au fond de ces signifiants qui r&#232;gnent sans contrepartie. Et surtout, la qualit&#233; sup&#233;rieure de ce signe, la noblesse de son affirmation et la gr&#226;ce &#233;rotique dont il se dessine sont appos&#233;es partout, sur les objets et sur les conduites les plus futiles, celles que nous renvoyons ordinairement dans l'insignifiance ou la vulgarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de l'&#233;diteur&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH118/roland_barthes-2200e.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;G&#233;om&#233;trique, rigoureusement dessin&#233; et pourtant toujours sign&#233; quelque part d'un pli, d'un n&#339;ud, asym&#233;triques, par le soin, la technique m&#234;me de sa confection, le jeu du carton, du bois, du papier, des rubans, il n'est plus l'accessoire passager de l'objet transport&#233;, mais devient lui-m&#234;me objet ; l'enveloppe, en soi, est consacr&#233;e comme chose pr&#233;cieuse, quoique gratuite ; le paquet est une pens&#233;e ; ainsi, dans une revue vaguement pornographique, l'image d'un jeune Japonais nu, ficel&#233; tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement comme un saucisson : l'intention sadique (bien plus affich&#233;e qu'accomplie) est na&#239;vement - ou ironiquement - absorb&#233;e dans la pratique, non d'une passivit&#233;, mais d'un art extr&#234;me : celui du paquet, du cordage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, par sa perfection m&#234;me, cette enveloppe, souvent r&#233;p&#233;t&#233;e (on n'en finit pas de d&#233;faire le paquet), recule la d&#233;couverte de l'objet qu'elle renferme - et qui est souvent insignifiant, car c'est pr&#233;cis&#233;ment une sp&#233;cialit&#233; du paquet japonais, que la futilit&#233; de la chose soit disproportionn&#233;e au luxe de l'enveloppe : une confiserie, un peu de p&#226;te sucr&#233;e de haricots, un &#171; souvenir &#187; vulgaire (comme le Japon sait malheureusement en produire) sont emball&#233;s avec autant de somptuosit&#233; qu'un bijou. On dirait en somme que c'est la bo&#238;te qui est l'objet du cadeau, non ce qu'elle contient : des nu&#233;es d'&#233;coliers, en excursion d'un jour, ram&#232;nent &#224; leurs parents un beau paquet contenant on ne sait quoi, comme s'ils &#233;taient partis tr&#232;s loin et que ce leur f&#251;t une occasion de s'adonner par bandes &#224; la volupt&#233; du paquet. Ainsi la bo&#238;te joue au signe : comme enveloppe, &#233;cran, masque, elle &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;vaut pour&lt;/em&gt; ce qu'elle cache, prot&#232;ge, et cependant d&#233;signe : elle &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;donne le change&lt;/em&gt;, si l'on veut bien prendre cette expression dans son double sens, mon&#233;taire et psychologique, mais cela m&#234;me qu'elle renferme et signifie, est tr&#232;s longtemps &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;remis &#224; plus tard&lt;/em&gt;, comme si la fonction du paquet n'&#233;tait pas de prot&#233;ger dans l'espace mais de renvoyer dans le temps ; c'est dans l'enveloppe que semble s'investir le travail de la &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;confection&lt;/em&gt; (du faire), mais par l&#224; m&#234;me l'objet perd de son existence, il devient mirage : d'enveloppe en enveloppe, le signifi&#233; fuit, et lorsque enfin on le tient (il y a toujours un petit &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;quelque chose&lt;/em&gt; dans le paquet), il appara&#238;t insignifiant, d&#233;risoire, vil : le plaisir, champ du signifiant, a &#233;t&#233; pris : le paquet n'est pas vide, mais vid&#233; : trouver l'objet qui est dans le paquet ou le signifi&#233; qui est dans le signe, c'est le jeter : ce que les Japonais transportent, avec une &#233;nergie formicante, ce sont en somme des signes vides. Car il y a au Japon une profusion de ce que l'on pourrait appeler : les instruments de transport ; ils sont de toutes sortes, de toutes formes, de toutes substances : paquets, poches, sacs, valises, linges (le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;fuj&#243;&lt;/em&gt; : mouchoir ou foulard paysan dont on enveloppe la chose), tout citoyen a dans la rue un baluchon quelconque, un signe vide, &#233;nergiquement prot&#233;g&#233;, prestement transport&#233;, comme si le fini, l'encadrement, le cerne hallucinatoire qui fonde l'objet japonais, le destinait &#224; une translation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La richesse de la chose et la profondeur du sens ne sont cong&#233;di&#233;es qu'au prix d'une triple qualit&#233;, impos&#233;e &#224; tous les objets fabriqu&#233;s : qu'ils soient pr&#233;cis, mobiles et vides.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En Occident, le miroir est un objet essentiellement narcissique : l'homme ne pense le miroir que pour s'y regarder ; mais en Orient, semble-t-il, le miroir est vide ; il est symbole du vide m&#234;me des symboles (&#171; L'esprit de l'homme parfait, dit un ma&#238;tre du Tao, est comme un miroir. Il ne saisit rien mais ne repousse rien. Il re&#231;oit, mais ne conserve pas. &#187; : le miroir ne capte que d'autres miroirs, et cette r&#233;flexion infinie est le vide m&#234;me (qui, on le sait, est la forme). Ainsi le haiku nous fait souvenir de ce qui ne nous est jamais arriv&#233; ; en lui nous reconnaissons une r&#233;p&#233;tition sans origine, un &#233;v&#233;nement sans cause, une m&#233;moire sans personne, une parole sans amarres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Car l&#224;-bas, dans la rue, dans un bar, dans un magasin, dans un train, il advient toujours quelque chose. Ce quelque chose &#8211; qui est &#233;tymologiquement une aventure - est d'ordre infinit&#233;simal : c'est une incongruit&#233; de v&#234;tement, un anachronisme de culture, une libert&#233; de comportement, un illogisme d'itin&#233;raire, etc. Recenser ces &#233;v&#233;nements serait une entreprise sisyph&#233;enne, car ils ne brillent qu'au moment o&#249; on les lit, dans l'&#233;criture vive de la rue, et l'Occidental ne pourrait spontan&#233;ment les dire qu'en les chargeant du sens m&#234;me de sa distance : il faudrait pr&#233;cis&#233;ment en faire des haiku, langage qui nous est refus&#233;. Ce que l'on peut ajouter, c'est que ces aventures infimes (dont l'accumulation, le long d'une journ&#233;e, provoque une sorte d'ivresse &#233;rotique) n'ont jamais rien de pittoresque (le pittoresque japonais nous est indiff&#233;rent, car il est d&#233;tach&#233; de ce qui fait la sp&#233;cialit&#233; m&#234;me du Japon, qui est sa modernit&#233;), ni de romanesque (ne se pr&#234;tant en rien au bavardage qui en ferait des r&#233;cits ou des descriptions) ; ce qu'elles donnent &#224; lire (je suis l&#224;-bas lecteur, non visiteur), c'est la rectitude de la trace, sans sillage, sans marge, sans vibration ; tant de menus comportements (du v&#234;tement au sourire) qui chez nous, par suite du narcissisme inv&#233;t&#233;r&#233; de l'Occidental, ne sont que les signes d'une assurance gonfl&#233;e, deviennent, chez les Japonais, de simples fa&#231;ons de passer, de tracer quelque inattendu dans la rue : car la s&#251;ret&#233; et l'ind&#233;pendance du geste ne renvoient plus alors &#224; une affirmation du moi (&#224; une &#171; suffisance &#187;) mais seulement &#224; un mode graphique d'exister ; en sorte que le spectacle de la rue japonaise (ou plus g&#233;n&#233;ralement du lieu public), excitant comme le produit d'une esth&#233;tique s&#233;culaire, d'o&#249; toute vulgarit&#233; s'est d&#233;cant&#233;e, ne d&#233;pend jamais d'une th&#233;&#226;tralit&#233; (d'une hyst&#233;rie) des corps, mais, une fois de plus, de cette &#233;criture &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;alla prima&lt;/em&gt;, o&#249; l'esquisse et le regret, la man&#339;uvre et la correction sont &#233;galement impossibles, parce que le trait, lib&#233;r&#233; de l'image avantageuse que le scripteur voudrait donner de lui-m&#234;me, n'exprime pas, mais simplement fait exister. &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Lorsque tu marches&lt;/em&gt;, dit un ma&#238;tre Zen,&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; contente-toi de marcher. Lorsque tu es assis, contente-toi d'&#234;tre assis. Mais surtout ne tergiverse pas&lt;/em&gt; ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes : L'empire des signes, Editions du seuil, points essais, 2005 pages 64-66, 108-110.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retrouvez d'autres extraits de textes de Roland Barthes sur le site des Tisseurs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://tisseursdemots.org/Roland-Barthes-le-bruissement-de-la-langue.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Roland Barthes : le bruissement de la langue&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Claude Simon : Quatre conf&#233;rences</title>
		<link>https://tisseursdemots.org/Claude-Simon-Quatre-conferences.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://tisseursdemots.org/Claude-Simon-Quatre-conferences.html</guid>
		<dc:date>2022-11-21T20:45:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		
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		<description>&lt;p&gt;Les quatre conf&#233;rences r&#233;unies dans ce livre, prononc&#233;es entre 1980 et 1993, sont ainsi des r&#233;&#233;critures ultimes et marquent le point le plus abouti de consid&#233;rations toujours tr&#232;s r&#233;fl&#233;chies &#224; partir de quatre objets : La Recherche du temps perdu, la m&#233;moire, la po&#233;tique et l'&#233;criture. Entre elles, de nombreux &#233;chos ou des r&#233;f&#233;rences r&#233;currentes font ch&#339;ur, assez pour faire entendre que leur auteur ne s&#233;parait pas des pr&#233;occupations que l'exercice de la conf&#233;rence oblige &#224; dissocier. (Patrick Longuet)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH84/claude_simon2-d93ed.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Maintenant, &#224; la deuxi&#232;me question qui se pose aussit&#244;t, soit &#171; Qu'est-ce qu'&#233;crire ? &#187;, ma r&#233;ponse (je dis bien &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;ma &lt;/em&gt; et non pas &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;la &lt;/em&gt; ou &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;les &lt;/em&gt; car celles qu'y ont d&#233;j&#224; donn&#233;es les philosophes, les linguistes, gens beaucoup plus qualifi&#233;s que moi, suffiraient &#224; remplir des biblioth&#232;ques enti&#232;res), ma r&#233;ponse sera donc, tout d'abord, une lapalissade &#224; savoir qu'&#233;crire c'est-ce que l'on oublie trop : souvent au contraire de parler - travailler dans et par la langue, et si l'on me demande &#171; Travailler &#224; quoi ? &#187;, je dirais &#224; fabriquer (&#224; produire) des objets qui n'existent pas dans le monde dit r&#233;el, qui sont cependant en rapports avec celui-ci, mais qui, au sein de la langue se trouvent en m&#234;me temps en rapports avec d'autres objets qui, dans le temps et l'espace mesurables peuvent s'en trouver infiniment &#233;loign&#233;s. Enfin, corollaire de ce que je viens de formuler, de m&#234;me que par une ing&#233;nieuse anagramme on a pu dire que &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;lire &lt;/em&gt; c'est &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;lier&lt;/em&gt;, &#233;crire est fondamentalement lier aussi, ne serait-ce que dans la phrase la plus simple o&#249; sont &#171; mis en rapports &#187;, cristallis&#233;s pourrait-on dire en un seul objet, le sujet, le verbe et le pr&#233;dicat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, la loi qui pr&#233;side &#224; ce type de romans qui par un encha&#238;nement (soi-disant fatal et in&#233;luctable) d'&#233;v&#233;nements conduisant &#224; un d&#233;nouement (une conclusion) optimiste ou d&#233;sesp&#233;r&#233;, est la loi de &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;causalit&#233; &lt;/em&gt; : de l'enfance &#224; la mort, la vie de ces personnages &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;pr&#233;destin&#233;s&lt;/em&gt;, simplifi&#233;s &#224; l'extr&#234;me, nous est cont&#233;e, et de l'entr&#233;e ridicule de Charles Bovary dans sa classe d'enfants aux lectures ridicules aussi d'Emma jusqu'&#224; son suicide, tout est pr&#233;sent&#233; comme une suite de r&#233;flexes conditionn&#233;s, pour ainsi dire pavloviens, dont je ne vois pas un plus d&#233;plorable exemple que chez le grand Faulkner qui ainsi, ne craint pas d'&#233;crire dans un proket de pr&#233;face &#224; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;The Sound and the Fury&lt;/em&gt; que (je cite en demandant que l'on m'excuse d'utiliser la traduction fran&#231;aise) : &#034;[&#8230;] si l'on avait envoy&#233; les enfants passer l'apr&#232;s-midi dans le pr&#233; pour qu'ils ne restent pas &#224; la maison [&#8230;] c'est &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;afin que&lt;/em&gt; les trois fr&#232;res et les petits Noirs &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;puissent lever les yeux&lt;/em&gt; vers le fond souill&#233; de la culotte de Caddy grimp&#233;e dans l'arbre&#171; , phrase qui, si on l'analyse, trahit, cruellement pour Faulkner, la d&#233;risoire imposture qui pr&#233;side &#224; la fabrication du roman traditionnel car le &#187;on&#171; qui envoie les enfants passer l'apr&#232;s-midi dans le pr&#233; ce n'est pas la respectable M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Compson mais Faulkner lui-m&#234;me, et le &#187;afin que&#171; ainsi que &#187;le fond souill&#233; de la culotte de Caddy&#034; n'ont d'autre but que de nous faire croire que celle-ci est &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;pr&#233;destin&#233;e &lt;/em&gt; &#224; vivre dans l'ordure du p&#233;ch&#233; de la chair, cette &#171; souillure &#187; pour Faulkner, et qui, comme la suite du roman le montrera, ne peut qu'entra&#238;ner malheur et d&#233;sastres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si tous ces &#233;v&#233;nements que l'auteur me raconte sont bien s&#251;r &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;possibles &lt;/em&gt; (il est &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;possible &lt;/em&gt; que des petits Noirs (remarquons encore ce d&#233;tail charg&#233; de significations : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;noirs&lt;/em&gt;) voient le fond souill&#233; de la culotte d'une fillette grimp&#233;e dans un arbre, je me r&#233;volte purement et simplement lorsque je lis &#171; on &#187; et &#171; afin que &#187; : me prend-on pour un imb&#233;cile ?&#8230;)&#8230; si donc tous ces &#233;v&#233;nements cont&#233;s dans le roman traditionnel sont &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;possibles&lt;/em&gt;, ils ne m'apparaissent en aucune mani&#232;re &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;fatals&lt;/em&gt;, in&#233;vitables, et encore moins &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;signifiants&lt;/em&gt;, de sorte que contrairement &#224; ce que souhaitait Balzac, je ne peux appr&#233;cier ni dans son &#339;uvre ni dans aucune de celles de ses semblables &#171; tout un enseignement social &#187; (ce sont les termes qu'il emploie dans sa lettre-pr&#233;face &#224; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C&#233;sar Birotteau&lt;/em&gt; et &#224; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;La Maison Nucingen&lt;/em&gt;), non plus que dans telle ou telle autre fiction un enseignement religieux, moral, ou tout simplement pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas m'int&#233;resser non plus &#224; des personnages que l'on me pr&#233;sente sans nuances comme uniquement b&#234;tes, ou malfaisants, ou courageux, ou l&#226;ches, ou vertueux, et donc &#224; leurs aventures, non plus qu'&#224; ce qu'elles pr&#233;tendent me d&#233;montrer. C'est avec ennui que je tourne des pages et des pages pour trouver &#231;&#224; et l&#224; quelque description qui, soudain, va faire na&#238;tre en moi cette qualit&#233; particuli&#232;re d'&#233;motion qu'est le plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, je d&#233;fie n'importe qui de me dire quelle sorte d'enseignement, quelle sorte de &#171; morale &#187; se d&#233;gage de la mort de Nastasia Philippovna poignard&#233;e par Rogojine, je d&#233;fie n'importe qui de me dire si Muichkine est d'une intelligence sup&#233;rieure ou compl&#232;tement idiot&#8230; Si apr&#232;s avoir lu trente pages de &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt; je sais &#224; l'avance que ce malheureux m&#233;nage va accumuler les sottises de toutes sortes, je ne sais jamais les actes impr&#233;visibles que vont commettre Lebedev ou Ivan Karamazov, et, par contre, si j'ai peine &#224; croire que Caddy soit d&#232;s son enfance pr&#233;destin&#233;e &#224; la nymphomanie et au malheur, je crois sans peine (je sens) que Benjy ne peut que hurler de souffrance lorsqu'il entend le mot &#171; caddy &#187; cri&#233; par les joueurs de golf, je crois (je sens) que Proust peut &#234;tre soudain transport&#233; de la cour de l'h&#244;tel de Guermantes au parvis de Saint-Marc &#224; Venise par la sensation de deux pav&#233;s in&#233;gaux sous son pied, je crois (je sens aussi) que Mally Bloom peut &#234;tre amen&#233;e &#224; des r&#234;veries &#233;rotiques par l'&#233;vocation des fruits juteux qu'elle se propose d'acheter le lendemain au march&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure, lorsque j'ai parl&#233; de la subversion qu'avaient accomplie nos grands auteurs du d&#233;but de ce si&#232;cle retournant sens dessus dessous l'optique romanesque, j'aurais d&#251; dire &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;sens devant derri&#232;re&lt;/em&gt;. En d'autres termes, alors que dans le roman traditionnel le sens pr&#233;existe au travail de l'&#233;crivain, c'est au contraire du sens qui va maintenant se trouver g&#233;n&#233;r&#233; par ce travail, sens pluriel est-il besoin de le dire, non explicit&#233;, de sorte que d'univoque le texte se fait polys&#233;mique, exclut donc toute pr&#233;tention &#224; un enseignement, tout &#171; message &#187;, respecte la libert&#233; du lecteur en s'effor&#231;ant seulement de lui proposer (de m&#234;me avec les Impressionnistes) une image express&#233;ment donn&#233;e pour subjective de ce monde qui, selon la formule de Robbe-Grillet, n'est ni signifiant, ni absurde, mais qui, simplement, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;est&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aventure d'un r&#233;cit &#187;, donc. Si Balzac, si Stendhal, Zola ou m&#234;me Faulkner ont, avant de se mettre &#224; &#233;crire, une id&#233;e ou des id&#233;es &#224; communiquer (&#224; &#171; exprimer &#187; comme l'on dit) sur le sens de la vie, le monde, la soci&#233;t&#233;, pour moi, &#233;crire, c'est seulement chercher par et dans cette langue qui me constitue en tant qu'&#234;tre parlant et pensant, comment s'associent les &#233;l&#233;ments apparemment dispers&#233;s de ce magma d'&#233;motions, de sensations et de souvenirs qui me constituent en tant qu'&#234;tre sensible et dont, curieusement, deux auteurs aussi diff&#233;rents que Flaubert et Tolsto&#239; parlent en termes &#224; peu pr&#232;s semblables, c'est-&#224;-dire que toutes ces rem&#233;morations, pens&#233;es et sensations se pr&#233;sentent &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#224; la fois&lt;/em&gt;, &#171; en nombre incalculable &#187; (Tolsto&#239;) et par &#171; fragments d&#233;tach&#233;s &#187; formant des combinaisons (Flaubert).&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On le voit la d&#233;marche de l'art est la m&#234;me que celle de la science qui, elle aussi, ne se pr&#233;occupe, pour reprendre les termes d'&#201;lie Faure, que de &#034;tirer des &#233;v&#233;nements et des objets des harmonies [en d'autres termes des &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;rapports &lt;/em&gt; justes] indiff&#233;rentes &#224; la qualit&#233; sentimentale que les moralistes pr&#234;tent &#224; ces objets et &#224; ces &#233;v&#233;nements&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la science, l'art remplace l'id&#233;e absente de Dieu (ou du moins son silence&#8230;) il est pour l'homme, au milieu de l'&#233;coulement universel des apparences, le seul absolu auquel l'individu puisse aspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, me semble-t-il, celui qui, artiste ou scientifique, dit le monde d'une fa&#231;on tant soit peu neuve, contribue, dans la mesure de ses moyens, &#224; le changer, alors que celui qui se contente de r&#233;p&#233;ter des formes ou des formules us&#233;es contribue &#224; maintenir ce m&#234;me monde et la soci&#233;t&#233; o&#249; il vit dans un immobilisme qui, tout autour ne cessant de bouger, se transforme vite en arri&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon : Quatre conf&#233;rences, les &#233;ditions de minuit, 2012, pages 80-81, 83-86, 90-91, 97.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pierre Bayard : Et si les &#339;uvres changeaient d'auteur ?</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Mais dire qu'Hom&#232;re est une fiction peut aussi s'entendre en un autre sens, qui n'est pas contradictoire avec le premier, &#224; savoir que tout nom d'auteur est un roman. Loin d'&#234;tre un simple mot, il attire autour de lui toute une s&#233;rie d'images ou de repr&#233;sentations, tant personnelles que collectives, qui viennent interf&#233;rer avec le texte et en conditionnent la lecture. Sans doute est-il rare que cette fiction du nom produise un roman aussi complet que celui forg&#233; par Samuel Butler, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L97xH150/arton1076-6daea.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais dire qu'Hom&#232;re est une fiction peut aussi s'entendre en un autre sens, qui n'est pas contradictoire avec le premier, &#224; savoir que &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;tout nom d'auteur est un roman&lt;/em&gt;. Loin d'&#234;tre un simple mot, il attire autour de lui toute une s&#233;rie d'images ou de repr&#233;sentations, tant personnelles que collectives, qui viennent interf&#233;rer avec le texte et en conditionnent la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-il rare que cette fiction du nom produise un roman aussi complet que celui forg&#233; par Samuel Butler, les &#233;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; dont nous disposons &#224; propos d'un certain nombre d'auteurs tendant &#224; limiter la part de cr&#233;ation et les &#233;crivains ne rencontrant pas toujours, pour les r&#233;inventer, un biographe aussi inspir&#233;. Mais cette part fictive n'est jamais absente et le roman de Butler - que lui-m&#234;me ne consid&#233;rait d'ailleurs pas comme tel &#8211; ne fait que porter &#224; la lumi&#232;re le travail d'imagination que tout nom d'auteur suscite naturellement chez le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par les sonorit&#233;s de son nom, par les titres de ses livres, par les anecdotes attach&#233;es &#224; sa vie, par ce que nous savons ou pouvons deviner de lui, l'auteur est une machine &#224; mettre en marche l'imagination et &#224; s&#233;cr&#233;ter, sinon un v&#233;ritable roman, du moins des &#233;l&#233;ments de fiction, plus ou moins d&#233;velopp&#233;s et coordonn&#233;s selon les lecteurs et la place qu'ils accordent &#224; leur capacit&#233; de fantasmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, la part d'invention que comporte toute activit&#233; de lecture ne s'arr&#234;te pas &#224; l'&#339;uvre, elle s'&#233;tend jusqu'&#224; l'auteur, qui est lui-m&#234;me pris dans ce mouvement de cr&#233;ation. On pourrait de ce fait aller jusqu'&#224; dire que, d'une certaine mani&#232;re, l'auteur fait lui aussi partie de l'&#339;uvre et en constitue m&#234;me un personnage, pour &#234;tre comme elle soumis au travail de r&#233;&#233;criture du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tentant contre toutes les forces de l'oubli, et par amour pour une femme imaginaire, de rejoindre un auteur r&#233;el compl&#232;tement inaccessible, Samuel Butler construit en r&#233;alit&#233; un nouveau personnage, celui d'un &#233;crivain fictionnel de sexe f&#233;minin. Mais, par cette cr&#233;ation, il ne fait qu'accentuer et rendre plus manifeste ce que fait discr&#232;tement chaque lecteur d&#232;s qu'il se laisse aller, emport&#233; par l'&#339;uvre, &#224; r&#234;ver ou &#224; d&#233;lirer &#224; propos de son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider de d&#233;caler d'un si&#232;cle Lewis Carroll peut donc &#234;tre une mise en perspective utile &#224; la juste appr&#233;ciation de son &#339;uvre. Mais elle est aussi une d&#233;marche fondamentalement personnelle, par laquelle le lecteur, faisant usage de sa libert&#233; d'invention, s'engage de mani&#232;re cr&#233;atrice dans la recherche de ces &#233;l&#233;ments de la litt&#233;rature et de l'art qui ne sont assignables, comme l'a montr&#233; Val&#233;ry, &#224; aucun auteur en particulier, mais circulent librement entre les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mod&#232;le de l'intertextualit&#233; - qui concerne la mani&#232;re dont les textes influent les uns sur les autres, au point de faire dispara&#238;tre la notion de texte -, une forme d'&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;intercr&#233;ativit&#233;&lt;/em&gt; est ici en cause, o&#249; c'est la figure m&#234;me de l'auteur, membre d'une communaut&#233; intemporelle, qui se dissipe, puisqu'il se retrouve en compagnie d'autres auteurs qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ou qu'il anticipe, et qui auraient pu tout aussi bien cr&#233;er le m&#234;me texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intercr&#233;ativit&#233; a n&#233;cessairement une dimension subjective, au sens o&#249; il faut un lecteur particulier avec sa culture et sa sensibilit&#233; propres pour percevoir les autres auteurs virtuels qu'un texte aurait pu conna&#238;tre dans une autre version du monde et dont il porte &#224; son insu les inscriptions discr&#232;tes. Auteurs qui n'ont pas eu la chance de le produire, et n'interviennent que par le jeu des influences pass&#233;es ou &#224; venir au croisement desquelles se situe toute &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour toutes les m&#233;taphores actives sur lesquelles repose la r&#233;attribution des &#339;uvres, c'est donc la subjectivit&#233; du lecteur qui doit se voir reconna&#238;tre ici la premi&#232;re place, puisque c'est elle qui d&#233;termine finalement, sans qu'il y ait &#224; s'en formaliser au nom d'une impossible objectivit&#233;, les &#233;l&#233;ments fondateurs d'une r&#233;-&#233;criture radicale de l'histoire litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bayard : Et si les &#339;uvres changeaient d'auteur ?, Editions de Minuit, 2010, pages 27-28, 78-79.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Simone Molina : Psychanalyse et &#233;criture</title>
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		<description>&lt;p&gt;Devenir animateur d'ateliers d'&#233;criture propose une r&#233;flexion &#224; plusieurs voix sur l'&#233;criture et les mani&#232;res d'y acc&#233;der. Ici, celle de Simone Molina, po&#232;te et psychanalyste. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette d&#233;marche pluridisciplinaire permet &#224; chaque futur animateur d'exp&#233;rimenter ses propres pratiques, de les confronter aux autres et de les affiner dans le dialogue qui se noue aussi bien avec les grands auteurs, lus et relus, qu'avec l'&#233;quipe p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1063-2d53b.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer ce &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;distinguo &lt;/em&gt; entre groupe et collectif, je dirai que &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;le groupe&lt;/em&gt; est ce que chaque participant imagine &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;faire corps&lt;/em&gt;, et qui peut aller jusqu'&#224; la masse avec ses identifications au chef, au meneur et son aspect de troupeau b&#234;lant d'un m&#234;me son, ou parfois de foule aveugle, comme l'Histoire le montre et comme Freud en analyse les effets dans &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Psychologie des foules et analyse du moi&lt;/em&gt;. L'animateur se doit donc de consid&#233;rer &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;le groupe&lt;/em&gt; comme un frein &#224; la cr&#233;ativit&#233; de chacun, contrairement au &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;collectif &lt;/em&gt; qui, lui, est composite. Un Collectif contient le groupe lui-m&#234;me &#8211; c'est l&#224; son aspect Imaginaire &#8211; mais il contient le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;d&#233;sir insu &lt;/em&gt; de chaque participant, qui ne sait le nommer &#8211; ce d&#233;sir est un &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;el, un impossible &#224; dire&lt;/em&gt;. Pour un animateur comme pour un enseignant, prendre en compte que quelque chose lui &#233;chappe et que c'est par ce vacillement que surgit l'acte cr&#233;atif, est une entr&#233;e pour appr&#233;hender la dimension d'un &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;sir inconscient&lt;/em&gt; qui &#233;chappe &#224; toute emprise. Mais il exp&#233;rimentera pour lui-m&#234;me que c'est par ce &#171; d&#233;sir inconscient &#187; que se fera l'entr&#233;e dans une &#233;criture personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que fait l'animateur lorsqu'il &#233;nonce le cadre de l'atelier ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il introduit, sans l'expliciter, la supposition d'un &#233;cart entre l'&#233;crivant et son texte ; entre &#171; l'auteur empirique &#187; et &#171; l'auteur mod&#232;le &#187; dirait Umberto Eco. Cette r&#233;assurance, qui s'adresse au conscient, touche en fait, l'Autre Sc&#232;ne, celle de l'inconscient. C'est pourquoi, &#224; mon sens, les premiers jets de d&#233;but de session sont si riches. Balis&#233; par la parole, chacun s'installe dans le collectif et alors, parfois, du pass&#233; resurgit dans un texte &#233;crit par un participant, et de mani&#232;re impr&#233;visible. Cela se produit de fa&#231;on souvent anodine, tangente par rapport au corps du texte. Mais c'est &#224; la lecture que, sur tel passage, qui paraissait secondaire lors de l'&#233;criture, la voix d&#233;raille. &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Quand le pass&#233; revient de fa&#231;on impr&#233;visible, ce n'est pas le pass&#233; qui revient, c'est l'impr&#233;visible&lt;/em&gt; &#187; &#233;crit Pascal Quignard. Les premiers jets d'&#233;criture, pour les normopathes que nous sommes, sont souvent accroch&#233;s au Moi, &#224; ses impressions, ses d&#233;rives, ses questions bien balis&#233;es. Et puis, &#224; l'int&#233;rieur de tout cela, quelques p&#233;pites, en forme d'&#233;nigme, qui font entrevoir la question : mais qui parle l&#224; ? Ou encore : de quoi s'agit-il l&#224; ? Lorsque, dans l'atelier, la voix d&#233;raille lors d'une lecture &#224; haute voix, c'est que cet autre, situ&#233; sur &#171; l'Autre Sc&#232;ne &#187;, a point&#233; son nez, cach&#233; qu'il &#233;tait derri&#232;re l'auteur empirique, simple &#233;crivant parmi d'autres autour de la table. Car l'&#233;criture a partie li&#233;e non avec le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Moi&lt;/em&gt;, l'identit&#233; sociale du Moi, mais avec le Je, divis&#233; en ses multiples facettes, toujours insaisissable, comme le furet du d&#233;sir. Grande question pour les animateurs d'atelier d'&#233;criture : que faire de ces &#233;motions qui viennent sourdre, ou qui semblent se d&#233;verser dans le collectif, avec les effets d'angoisse ou de jouissance que cela peut comporter pour les autres participants devenus soudain spectateurs d'un renversement : ce qui &#233;tait dedans, cach&#233;, est mis &#224; nu, &#224; l'ext&#233;rieur. Et chacun s'interroge alors, ou se replie sur ses anxi&#233;t&#233;s, ou encore l&#226;che prise enfin dans un texte qui le surprendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Rep&#233;rer les effets de l'&#233;crit : effet de sens, effets esth&#233;tiques, effet sur des lecteurs pr&#233;sents &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces effets sont inscrits dans le texte lui-m&#234;me. Les rep&#233;rer permet &#224; l'auteur de penser la transformation ult&#233;rieure du texte, ce que l'on nomme &#171; r&#233;&#233;criture &#187;. En effet, apr&#232;s ce temps des &#171; premiers jets &#187;, il arrive que l'&#233;crivant, devenant auteur, se trouve d&#233;douan&#233; de son dire narcissique par un narrateur qu'il a lui-m&#234;me cr&#233;&#233;. Alors l'&#233;crivant entre dans la fiction comme &#233;tant un possible qui dirait un au-del&#224; de l'auteur. Gilles Deleuze disait lors d'une interview : &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;J'&#233;cris pour les idiots et les analphab&#232;tes, c'est-&#224;-dire non pour qu'ils me lisent, mais &#224; leur place&lt;/em&gt; &#187;. C'est-&#224;-dire aussi dans une absence de savoir &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;a priori&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; sur ce qui va s'&#233;noncer au fil de l'&#233;criture. Ainsi, la position de l'auteur devient un au-del&#224; de lui-m&#234;me. Elle est une tentative de dire l'universel.
C'est lorsque les &#233;crivants commencent &#224; entendre &#339;uvrer en eux ce diff&#233;rentiel entre langue - en tant que dans la langue il y a de &#171; la lettre &#187; - et psychologie, autoc&#233;l&#233;bration ou auto flagellation, qu'ils se mettent &#224; &#233;crire, et surtout &#224; r&#233;&#233;crire. Car &#233;crire c'est lier et d&#233;lier, ou, comme l'&#233;crit Pascal Quignard &#171; nouer et d&#233;nouer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Molina : Psychanalyse et &#233;criture, in Devenir animateur d'atelier d'&#233;criture &#8211; (se) former &#224; l'animation, ouvrage collectif, Chronique Sociale, 2014, pages 118, 126-127, 130-131.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Stephen King, Ecriture m&#233;moires d'un m&#233;tier</title>
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		<description>&lt;p&gt;Quand Stephen King se d&#233;cide &#224; &#233;crire sur son m&#233;tier et sur sa vie, un brutal accident de la route met en p&#233;ril l'un et l'autre. Durant sa convalescence, le romancier d&#233;couvre les liens toujours plus forts entre l'&#233;criture et la vie.
R&#233;sultat : ce livre, tout &#224; la fois essai sur la cr&#233;ation litt&#233;raire et r&#233;cit autobiographique. (NdE)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH78/arton1055-8b45c.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On me demande souvent si les &#233;crivains de fiction d&#233;butants gagnent &#224; suivre des cours ou des s&#233;minaires d'&#233;criture. Ceux qui me posent la question sont trop souvent &#224; la recherche de la baguette magique ou de l'ingr&#233;dient secret, voire de la plume magique de Dumbo, toutes choses introuvables dans les classes ou les retraites les plus studieuses, aussi s&#233;duisantes que soient les brochures vantant ce type d'enseignement. Quant &#224; moi, si j'ai mes doutes sur les avantages des ateliers d'&#233;criture, je n'y suis pas enti&#232;rement oppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le merveilleux roman tragi-comique de T. Corghessan Boyle, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;L'Orient, c'est l'Orient&lt;/em&gt;, est d&#233;crite une colonie d'&#233;crivains, install&#233;e au fond des bois, qui rel&#232;ve &#224; mon avis du plus pur conte de f&#233;es. Chaque participant dispose de sa petite cabane personnelle o&#249; il passe en principe la journ&#233;e &#224; &#233;crire. A midi, un domestique du b&#226;timent principal apporte &#224; ces Hemingway en herbe un repas dans une gamelle qu'il pose sur le pas de porte des cabanes. Qu'il pose avec d&#233;licatesse, de mani&#232;re &#224; ne pas d&#233;ranger la transe cr&#233;atrice dans laquelle serait l'occupant des lieux. L'une des deux pi&#232;ces de la cabane est r&#233;serv&#233;e &#224; l'&#233;criture. Dans l'autre, on trouve un lit de camp pour cette chose essentielle, la sieste de l'apr&#232;s-midi&#8230; ou, peut-&#234;tre, quelques galipettes revigorantes avec un(e) autre des participant(e)s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, tous les membres de la colonie se rassemblent dans le pavillon collectif pour un d&#238;ner et d'enivrantes conversations avec les &#233;crivains en r&#233;sidence. Plus tard, devant un feu de chemin&#233;e p&#233;tillant, dans le salon, on fait griller des marshmallows et sauter du popcorn, on boit du vin et on lit et critique les travaux des uns et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu sous cet angle, je trouvais qu'un tel environnement &#233;tait un r&#234;ve d'&#233;crivain. (&#8230;) J'imagine que j'&#233;tais d'autant plus s&#233;duit que tout cela &#233;tait bien &#233;loign&#233; de mon exp&#233;rience personnelle, dans laquelle le flot cr&#233;atif risque d'&#234;tre interrompu &#224; tout moment par un message de ma femme m'informant que les toilettes sont bouch&#233;es et que ce serait bien que je fasse quelque chose, ou par un coup de fil du cabinet dentaire me rappelant que je suis sur le point de rater encore un rendez-vous avec mon dentiste. Dans de tels moments, je suis bien tranquille que tous les &#233;crivains ressentent la m&#234;me chose, quel que soit leur talent ou leur succ&#232;s : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Mon Dieu, si seulement j'avais le bon environnement, avec des gens qui me comprendraient vraiment, je suis certain que je pourrais pondre mon chef-d'&#339;uvre&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; m'oblige &#224; le dire : j'ai constat&#233; que ces interruptions et distractions ne sont gu&#232;re dommageables pour une &#339;uvre en cours, et peuvent m&#234;me parfois s'av&#233;rer utiles. Apr&#232;s tout, c'est le petit d&#233;bris entr&#233; dans la coquille de l'hu&#238;tre qui est &#224; l'origine de la perle, pas des s&#233;minaires de &#171; perlologie &#187; avec d'autres hu&#238;tres. Et plus la t&#226;che quotidienne qui m'attend est formidable &#8212; plus elle rel&#232;ve du &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;faut que&lt;/em&gt; au lieu d'&#234;tre simplement du &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;j'aimerais bien&lt;/em&gt;-, plus elle risque de devenir probl&#233;matique. L'un des grands vices de forme des ateliers d'&#233;criture est qu'on y fonctionne selon la r&#232;gle du &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;faut que&lt;/em&gt;. Vous n'y &#234;tes pas venu, n'est-ce pas, pour vagabonder comme un nuage dans le ciel ou jouir de la beaut&#233; de la for&#234;t, de la majest&#233; des montagnes. Vous &#234;tes suppos&#233; &#233;crire, bon sang de sort, au moins pour que vos coll&#232;gues aient quelque chose &#224; critiquer quand ils feront griller leurs foutus marshmallows, le soir. Par ailleurs, lorsque s'assurer que les enfants partent &#224; l'heure pour leur camp de loisir est tout aussi important que le roman en cours d'&#233;criture, la pression est beaucoup moins grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au fait, qu'est-ce qu'elles valent, ces critiques ? Eh bien, pas grand-chose, selon moi &#8212; d&#233;sol&#233;. La plupart font dans le flou artistique de la mani&#232;re la plus irritante qui soit. &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;J'adore les sentiments qui &#233;manent de l'histoire de Peter, va dire quelqu'un. Elle a quelque chose&#8230; un certain je ne sais quoi&#8230; un certain aspect adorable, vous savez&#8230; Je ne peux pas le d&#233;crire exactement&#8230;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces perles du b&#234;tisier &#171; s&#233;minaresque &#187;, on trouve encore : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;On a l'impression que pour ce qui est du ton, il est, euh&#8230; vous savez, le personnage de Polly me para&#238;t pas mal st&#233;r&#233;otyp&#233; ; j'adore les images parce qu'on arrive &#224; voir ce qu'il a voulu dire&#8230;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, la plupart du temps, au lieu de bombarder les auteurs de ces idioties avec leurs marshmallows tout juste grill&#233;s, tous ceux qui sont assis autour du feu hochent la t&#234;te et sourient, songeurs, d'un air entendu et solennel. En s&#233;minaire, trop souvent enseignants et &#233;crivains ne font que hocher la t&#234;te, sourire et prendre un air entendu et solennellement songeur. Il ne semble venir &#224; l'esprit de personne ou presque que si vous avez des sentiments que vous ne savez pas trop comment d&#233;crire, vous pourriez vous trouver, je ne sais pas, en quelque sorte, en un certain sens &#8212; dans la putain de mauvaise classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement des critiques aussi vagues ne vous aideront pas &#224; am&#233;liorer votre texte, quand vous vous attellerez &#224; la seconde mouture, mais elles pourront m&#234;me &#234;tre nuisibles. Aucun des commentaires que je cite ne concerne le langage de votre texte, ou son sens narratif ; ils ne sont que du vent, ils ne proposent rien de pr&#233;cis, de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ces critiques au quotidien vous obligent &#224; &#233;crire la porte ouverte en permanence et, dans mon esprit, c'est plus ou moins en contradiction avec le but recherch&#233;. Quel avantage trouve-t-on &#224; ce qu'un domestique plein de sollicitude vienne sur la pointe des pieds d&#233;poser le d&#233;jeuner sur le pas de votre porte, puis reparte sur la pointe des pieds tout aussi silencieusement, si vous lisez tous les soirs votre travail &#224; voix haute (ou en distribuez des photocopies) &#224; un groupe de postulants &#233;crivains qui vous racontent ensuite qu'ils appr&#233;cient la mani&#232;re dont vous maniez le ton et sugg&#233;rez l'ambiance, mais qu'ils aimeraient savoir si la casquette de Dolly, celle avec les clochettes dessus, joue un r&#244;le symbolique ? On vous presse sans arr&#234;t de vous expliquer et, selon moi, c'est une bonne partie de votre &#233;nergie cr&#233;atrice qui part dans la mauvaise direction. Vous n'arr&#234;tez plus de remettre votre prose et vos objectifs en question, alors que vous devriez &#233;crire aussi vite que court le Bonhomme de pain d'&#233;pice, jeter cette premi&#232;re version de votre histoire sur le papier tant que le fossile est encore clair et brillant dans votre esprit. Trop de classes d'&#233;criture font du &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Attends une minute, explique-nous ce que tu veux dire par l&#224; &lt;/em&gt; une sorte de r&#232;gle du jeu implicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute honn&#234;tet&#233;, je reconnais ne pas &#234;tre sans pr&#233;jug&#233;s sur cette question : l'une des rares fois o&#249; j'ai &#233;t&#233; victime du syndrome de la page blanche dans toute sa force remonte &#224; ma derni&#232;re ann&#233;e d'&#233;tudiant &#224; l'universit&#233; du Maine ; je suivais &#224; l'&#233;poque non pas un, mais deux cours d'&#233;criture cr&#233;ative (l'un d'eux &#233;tait le s&#233;minaire o&#249; j'ai rencontr&#233; ma future femme, et je ne peux donc pas dire que j'y ai perdu mon temps). La plupart de mes camarades &#233;crivaient des po&#232;mes sur leurs d&#233;sirs sexuels ou des histoires de jeunes gens m&#233;lancoliques, incompris de leurs parents et s'appr&#234;tant &#224; partir pour la guerre du Vi&#234;t-Nam. Une jeune femme en fit des tartines sur la lune et les cycles menstruels ; dans ses po&#232;mes, la lune, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;the moon&lt;/em&gt;, apparaissait toujours orthographi&#233;e &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;th m'n&lt;/em&gt;. Elle &#233;tait incapable de nous expliquer pourquoi, mais nous le sentions bien tous : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;th m'n, ouais, je pige, frangine&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'apportais moi aussi des po&#232;mes de mon cru, mais j'avais mon sale petit secret enfoui au fond du dortoir : le manuscrit inachev&#233; d'un roman. Il mettait en sc&#232;ne une bande de jeunes complotant pour provoquer une &#233;meute raciale. Le but &#233;tait de s'en servir de couverture pour pouvoir d&#233;valiser deux usuriers et des dealers de drogue dans la ville fictive de Harding, plus ou moins inspir&#233;e de Detroit (dans laquelle je n'avais jamais mis les pieds, ce qui ne m'arr&#234;ta pas et ne me ralentit m&#234;me pas). Ce roman, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Sword in the Darkness&lt;/em&gt;, me paraissait d'un mauvais go&#251;t achev&#233;, compar&#233; &#224; ce qu'essayaient de produire mes condisciples ; raison pour laquelle, sans doute, je me suis bien gard&#233; de le montrer en classe pour le soumettre &#224; leurs critiques. Le fait qu'il &#233;tait meilleur et plus sinc&#232;re que tous mes po&#232;mes sur le d&#233;sir sexuel ou le blues post-adolescent ne faisait que rendre les choses encore pires. R&#233;sultat ? Quatre mois pendant lesquels je n'ai pratiquement rien pu &#233;crire. Au lieu de cela, je buvais de la bi&#232;re, fumais des Pall Mall, lisais John D. McDonald en poche et regardais les feuilletons de l'apr&#232;s-midi &#224; la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cours et s&#233;minaires d'&#233;criture ont au moins un avantage ind&#233;niable : on y prend au s&#233;rieux le d&#233;sir d'&#233;crire de la fiction ou de la po&#233;sie. Pour tout aspirant &#233;crivain en butte &#224; la condescendance apitoy&#233;e de ses amis et de ses parents (&#171; Surtout, ne quitte pas ton emploi tout de suite ! &#187; est la r&#233;plique sempiternelle &#224; laquelle on a droit, accompagn&#233;e d'un hideux sourire de bon tonton), c'est une chose merveilleuse. Au moins, dans les classes d'&#233;criture, est-on tout &#224; fait libre de passer de longs moments dans son petit monde int&#233;rieur, son univers imaginaire. Mais dites-moi, avez-vous vraiment besoin d'une permission &#233;crite d&#251;ment tamponn&#233;e pour vous y rendre ? Avez-vous besoin qu'on vous colle un badge sur la poitrine avec &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#233;crivain &lt;/em&gt; &#233;crit dessus pour croire que vous en &#234;tes un ? Seigneur, j'esp&#232;re bien que non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre argument qui milite en faveur des cours d'&#233;criture, les hommes et les femmes qui y enseignent. Il y a des milliers d'&#233;crivains talentueux aux Etats-Unis, et seul un petit nombre d'entre eux (je crois que le chiffre tourne autour de quelque chose comme cinq pour cent) peuvent vivre et faire vivre leur famille avec leur travail. On peut aussi d&#233;crocher une bourse, ici ou l&#224;, mais ce n'est jamais suffisant. Quant &#224; d'&#233;ventuelles subventions du gouvernement pour &#233;crivains cr&#233;atifs, ce n'est m&#234;me pas la peine d'y penser. Subventionner le tabac, oui. Subventionner les recherches pour &#233;tudier la mobilit&#233; du sperme non pr&#233;serv&#233; de taureau, encore mieux. Subventionner des &#233;crivains ? Jamais de la vie. La plupart des &#233;lecteurs seraient d'ailleurs d'accord, je crois. Norman Rockwell et Robert Frost mis &#224; part, les Am&#233;ricains n'ont jamais eu beaucoup de respect pour les cr&#233;ateurs, dans l'ensemble, ils sont beaucoup plus int&#233;ress&#233;s par les m&#233;dailles comm&#233;moratives &#233;dit&#233;es par la Franklin Mint et les cartes de veux d'Internet. Et que &#231;a vous plaise ou non, c'est comme &#231;a. Les Am&#233;ricains se passionnent bien plus pour les jeux t&#233;l&#233;vis&#233;s que pour les nouvelles de Raymond Carver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution, pour nombre d'&#233;crivains de fiction, consiste &#224; enseigner ce qu'ils savent. Voil&#224; qui peut &#234;tre tout &#224; fait positif, et il est excellent que des &#233;crivains d&#233;butants puissent avoir l'occasion de rencontrer et d'&#233;couter des auteurs chevronn&#233;s, qu'ils admirent peut-&#234;tre depuis longtemps. C'est aussi excellent lorsque ces classes permettent de prendre contact avec le monde de l'&#233;dition. Je dois d'avoir trouv&#233; mon premier agent, Maurice Crain, &#224; l'un de mes professeurs de lettres, Edwin M. Holmes, lui-m&#234;me auteur de nouvelles estim&#233;es r&#233;gionalement. Apr&#232;s avoir lu un ou deux de mes textes, Holmes demanda &#224; Crain s'il ne serait pas int&#233;ress&#233; par les travaux d'un jeune auteur. Crain accepta, mais notre association n'alla pas tr&#232;s loin ; il avait alors quatre-vingts ans pass&#233;s, n'&#233;tait pas en tr&#232;s bonne sant&#233; et mourut peu de temps apr&#232;s notre premier &#233;change de correspondance. J'esp&#232;re simplement que ce n'est pas ma premi&#232;re fourn&#233;e d'histoires qui l'a achev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas davantage besoin de classes ou de s&#233;minaires d'&#233;criture qu'on a besoin de tel ou tel manuel d'&#233;criture. Faulkner a appris le m&#233;tier tout en travaillant &#224; la poste d'Oxford, dans le Mississippi. D'autres s'y sont initi&#233;s alors qu'ils &#233;taient dans la marine, ouvriers dans des aci&#233;ries, ou accomplissaient leur peine dans les meilleurs h&#244;tels &#224; barreaux de fer du gouvernement. J'ai appris les choses les plus essentielles (&#224; tout point de vue, y compris commercial) concernant le travail qui est ma vocation alors que je lavais les draps sales des h&#244;tels et le linge de table des restaurants &#224; la blanchisserie New Franklin de Bangor. On apprend encore mieux en lisant beaucoup et en &#233;crivant beaucoup, et les le&#231;ons les plus pr&#233;cieuses sont celles qu'on s'enseigne soi-m&#234;me. Or c'est presque toujours lorsque les portes de votre bureau sont ferm&#233;es que ces le&#231;ons produisent leur effet. Les discussions, dans les classes d'&#233;criture, peuvent &#234;tre stimulantes, on peut beaucoup s'y amuser, mais elles s'&#233;garent trop souvent loin de la r&#233;alit&#233; de l'&#233;criture, de son c&#244;t&#233; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;mains dans le cambouis&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons n&#233;anmoins que vous vous retrouviez dans une version ou une autre de la colonie sylvestre d'&#233;crivains de &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;L'Orient, c'est l'Orient&lt;/em&gt; : votre petit cottage au milieu des pins, parfaitement &#233;quip&#233; avec son traitement de texte, des paquets de disquettes neuves (qu'y a-t-il de plus excitant pour l'imagination qu'une bo&#238;te de disquettes scell&#233;e ou une ramette de papier blanc ?), le lit de camp dans l'autre pi&#232;ce pour la sieste, et une dame qui viendrait d&#233;poser votre d&#233;jeuner sur le pas de la porte sans faire de bruit et repartirait de m&#234;me. Ce ne serait pas si mal, au fond. Si on vous offre l'occasion de vivre une telle exp&#233;rience, n'h&#233;sitez pas, allez-y ! Vous n'apprendrez peut-&#234;tre pas les Secrets Magiques de l'Ecriture (il n'y en a pas &#8212; la poisse, hein ?), mais vous vivrez sans aucun doute des moments fabuleux, et je suis &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;toujours &lt;/em&gt; partisan des moments fabuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen King, Ecriture m&#233;moires d'un m&#233;tier, Le livre de poche, 2017 (2003), pages 276-283.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alain Andr&#233; : Babel heureuse</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Le risque de voir la libert&#233; de surgissement de l'&#233;crivant mise en cause par les propositions d'&#233;criture de l'animateur pr&#233;sente un second aspect. En apparaissant d'embl&#233;e comme celui gr&#226;ce &#224; qui l'&#233;criture magiquement advient, l'animateur se gratifie de fa&#231;on importante, et favorise des processus d'identification forts. Tout le monde attend sa parole magique. Lui seul est par&#233; des plumes du paon. Ce n'est pas que l'identification en elle-m&#234;me me semble condamnable : elle constitue une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L150xH148/arton995-7c048.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='148' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le risque de voir la libert&#233; de surgissement de l'&#233;crivant mise en cause par les propositions d'&#233;criture de l'animateur pr&#233;sente un second aspect. En apparaissant d'embl&#233;e comme celui gr&#226;ce &#224; qui l'&#233;criture &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;magiquement &lt;/em&gt; advient, l'animateur se gratifie de fa&#231;on importante, et favorise des processus d'identification forts. Tout le monde attend sa parole magique. Lui seul est par&#233; des plumes du paon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que l'identification en elle-m&#234;me me semble condamnable : elle constitue une condition essentielle de tout apprentissage. S'agissant d'&#233;criture et de litt&#233;rature, le roman de la formation de la plupart des &#233;crivain met en &#233;vidence l'existence d'identifications stimulantes. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout de m&#234;me : n'y a-t-il pas l&#224; un s&#233;rieux risque de &#171; subjugation &#187; ? Et la construction d'une pratique de cr&#233;ation litt&#233;raire autonome est-elle compatible avec le consentement &#224; une pareille d&#233;pendance initiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; ce second aspect de la question exige une vue plus globale que celle dont nous disposons pour l'instant du dispositif de l'atelier, et des relations qu'il met en place entre l'animateur et les &#233;crivants. En ce qui concerne les risques de l'imitation, il me semble d&#233;j&#224; plus clair que la conception m&#234;me de l'ouverture - celle d'une combinatoire que chacun est invit&#233; &#224; r&#233;inventer &#224; sa mani&#232;re - exclut toute d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du &#171; saisissement inspir&#233; &#187; qu'&#233;voque Didier Anzieu, l'atelier doit en effet permettre &#224; ses participants d'int&#233;rioriser les &#233;l&#233;ments de m&#233;thode et les savoirs qui permettent d'organiser le chaos inspir&#233;, de travailler le style et la composition, et de faire sortir le r&#233;sultat du secret du cabinet. Lorsque l'on vise un r&#233;investissement ult&#233;rieur, hors atelier, il est particuli&#232;rement important de faire en sorte qu'il s'agisse d'une v&#233;ritable construction, et non de l'utilisation approximative de recettes dont l'animateur garderait la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) [L'animateur] est de moins en moins celui gr&#226;ce &#224; qui le &#171; miracle &#187; de l'&#233;criture advient sous l'esp&#232;ce d'un inattendu premier jet, de plus en plus celui qui permet de travailler cette premi&#232;re trace et de la changer en objet litt&#233;raire. Il n'est plus le magicien qui change tout un chacun en chantre inspir&#233;, mais celui qui renvoie l'&#233;crivant &#224; sa pratique d'&#233;criture, aux probl&#232;mes qu'elle pose, et &#224; la recherche t&#226;tonnante des solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette vanc&#233;e risque de ressusciter des cauchemars scolaires ne peut servir d'alibi. &#192; toute les &#233;tapes du travail de la cr&#233;ation, dans la mesure o&#249; celle-ci implique aussi un travail intellectuel, se pose la question des habitudes inculqu&#233;es par l'&#233;cole, et de leur int&#233;r&#234;t tout autant que des &#171; blocages &#187; qu'ils engendrent en effet assez souvent : les ouvertures rappellent les r&#233;dactions, la lecture des textes, l'explication de texte universitaire, et tout apprentissage les contraintes de l'inculcation point toujours v&#233;cue comme n&#233;cessaire. Cela ne doit pas entra&#238;ner &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;ad vitam aeternam&lt;/em&gt; l'exclusion de tout travail intellectuel dans le cadre de l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me peut au fond se r&#233;sumer de la fa&#231;on suivante : comment permettre la construction effective d'un certain savoir, et cela sans changer l'atelier en cours de po&#233;tique, organis&#233; autour du discours magistral d'un &#171; ma&#238;tre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Andr&#233; : Babel heureuse, Syros Alternatives, 1989, pages 50-51, 188-189&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mathias Lair : comment exister en po&#233;sie</title>
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		<description>&lt;p&gt;Chroniqueur dans la revue D&#233;charge, Mathias Lair porte un regard parfois amus&#233;, parfois moqueur, parfois s&#233;rieux sur la po&#233;sie et ceux qui l'&#233;crivent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://tisseursdemots.org/-Sur-les-ateliers-d-ecriture-.html" rel="directory"&gt;Sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://tisseursdemots.org/sites/tisseursdemots.org/local/cache-vignettes/L107xH150/arton494-9a27f.jpg?1782989998' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Exister en po&#233;sie n'est pas une sin&#233;cure, sauf pour les rares miracul&#233;s qui n'ont pas seulement trouv&#233; une muse dans leur berceau, mais aussi des lecteurs fervents. Pour les autres, c'est un travail &#224; temps plein. Voici quelques &#233;l&#233;ments cl&#233; pour r&#233;ussir en po&#233;sie :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il ne suffit pas d'&#233;crire ! Je dirai m&#234;me que c'est un &#233;l&#233;ment secondaire, presque. Bien-s&#251;r il faut produire du texte, mais rassurez-vous : une qualit&#233; moyenne suffit, du moment que vous surfez sur la mentalit&#233; en cours. L'essentiel consiste &#224; cr&#233;er une aura autour de ce mat&#233;riau.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Si l'on a du mal &#224; trouver un &#233;diteur, il est d&#233;conseiller de s'auto-&#233;diter, comme de recourir aux officines de la toile (&#8230;) sous peine de perdre toute cr&#233;dibilit&#233;. Il vous faut passer par la reconnaissance d'un &#233;diteur, ce qui n'est pas ais&#233; - ne serait-ce que pour une premi&#232;re raison : le (la) pauvre croule sous les manuscrits&#8230; Pour surseoir &#224; cette difficult&#233;, on peut se faire ami d'un &#233;diteur, ou faire qu'un de ses proches devienne &#233;diteur par amour pour vous ; votre femme ou votre &#233;poux peut faire l'affaire - &#231;a s'est vu !&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Virtualisez-vous ! Site, blog, mur de bouc, twitter, les moyens abondent ! Il vous faudra y consacrer quelques heures par jour&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Il est bienvenu de cr&#233;er une revue. Ceux que vous aurez publi&#233;s constitueront une client&#232;le de base, et surtout des leaders d'opinion qui vanteront vos m&#233;rites (se m&#233;fier n&#233;anmoins des po&#232;tes au c&#339;ur sec, qui ne pratiquent pas la reconnaissance).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Il est tr&#232;s utile d'organiser des manifestations po&#233;tiques, dans un double but. Tout d'abord, vous entrerez ainsi dans le cercle des organisateurs de manifestations diverses, ou vous trouverez d&#232;s lors des entr&#233;es. Mais aussi, vous vous constituerez un public fervent. Le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;must &lt;/em&gt; consiste &#224; r&#233;server une partie de chaque manifestation aux lectures du public. Invitez-le &#224; monter sur sc&#232;ne pour lire ses propres po&#232;mes - puisque le public n'est compos&#233; que de po&#232;tes. Ils fr&#233;tilleront d'aise de se faire entendre, et ils vous aimeront, c'est certain !&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (&#8230;)&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gralit&#233; de cette chronique est &#224; retrouver dans le num&#233;ro 178 de la &lt;a href=&#034;https://www.dechargelarevue.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue D&#233;charge&lt;/a&gt; (juin 2018).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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